• Les yeux mi-clos, un peu las, apaisés, ont fait comme un lit au réel
    Et dans leur dessin lisse s'écoule un sentier précieux mais vrai.

    Une chambre tendue de douces étoffes ivoire, écru, blanc cassé
    A la tiédeur discrète d'album

    Où l’aiguière élégante parle au miroir,
    Où les joyaux répondent aux fruits. 

    Et dans le verre le vin, en sa lumière les reflets, en sa parure le rouge et le bleu qui mêlent,
    Tout comme le rubis léché qui joue du bleu trouble sur la robe ivoire du cou.



    Alentour: l’écrin du silence.


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  • Au creux du geste, le fil ;
    La parole sur un ton apaisé

    Les hanches du monde
    Qui font se répondre la terreur et la danse

    Le déséquilibre qui gronde
    Et l’orage qui s’enroule au sein de l’eau inquiète.
     
    La chair est au calme ;
    La beauté peut alors commencer à se faire mémoire.


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  • Ici séjourne une onde inquiétante, fraîche et moirée,
    Dont le mouvement immobile et noir est un vaste royaume;
    Voilà mes Indes terribles au céleste arôme;
    Voilà la contrée du songe égaré

    Là, sentir au travers de l'air humide et doré
    Les spasmes des beautés sans mémoire dans sa paume,
    Pendant qu'au creux du coeur s'étire l'éclat d'un psaume,
    Comme une variation sur l'oubli éploré.

    Les lentes mains de la mémoire aux cheveux d'écume
    Parfois animent la mer d'étranges ballets-brumes
    Dont les grâces éparses marquent l'eau de leur signe.

    La mécanique du temps brode son éternel soir,
    Pendant que l'eau charrie les derniers ors du savoir;
    Et l'oubli, alors, se magnifie comme une vigne.


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  • Au creux du sommeil s'est joué un terrible festin
    Dans le tiède corps de la terre que la pluie trempe
    Et enveloppe d'un bain à la douceur d'estampe.
    Le regard se dépose sur ces mystères, invité clandestin.

    Lentement s'épanchent les lueurs du long matin
    Qui se mêlent à l'électricité obstinée de la faible lampe
    L'esprit endormi cherche encore le songe et sa souple hampe.
    Silencieusement là-bas, l'air déploie son large satin.

    Au pied du lit, las, reposent quelques sauvages iris jaunes
    Qui chantent les éclats-sanglots étranges du faune
    Avec les mots vrais d'une antique et pure geste.

    L'odeur vénéneuse de la rose sanguine baigne tout, comme l'amour d'un apôtre 
    Et anime la lumière fauve du midi d'un éclat autre
    La nuit est avalée dans sa ronde bouche; maintenant seul l'ambre amer du jour reste.


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  •  

    Les coudes à la fenêtre, le visage dans les mains
    J'observe la métamorphose du présent
    Les jeux d'immobiles, leur nébuleux bruit pesant
    La rondeur du monde et le goût de demain

    Au-dehors, le soir en ultime robe d'étain
    Le couchant étouffé au coeur des immeubles tiédissants
    Les toits muets, au canevas de tuiles s'éternisant
    La sombre blancheur des murs et leur ombre-fusain

    Tout près devant, l'air d'hiver et son âpre olifant
    Chuchotent un fleuve de mots verts aux enfants
    Qui recherchent sa caresse brûlante et cristalline

    Et dans leur visage on peut lire le muet reflet
    Des promesses que la première neige leur a fait
    Tombant douce dans la nuit, évanouie avant que la nuit ne décline.

     


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