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2005 XX | 31 mars 2006

je me sens dans un autre monde. je ne sens non pas en faire partie, mais y avoir été invitée, en tant qu'observateur, pour ensuite le confronter avec mes réalités quotidiennes.

ce monde semble identique au mien au premier abord, pourtant je ne reconnais rien. je fume une cigarette sur le rebord de ma fenêtre; les immeubles devant moi sont les mêmes que d'habitude, mais à cette heure pourtant seules trois fenêtres sont éclairées. la ville luit comme à l'accoutumée à ma droite; le château surgit chaque seconde au milieu des brumes, futile géant sénile.

tout est semblable mais rien ne l'est. par exemple, la brûlure du vent sur ma main gauche me fait sourire. son image est fausse. tous les éléments de cet environnement se comportent comme s'ils ne voulaient pas que je croie à leur altérité.

je pose mes problèmes calmement, un à un. je redécouvre ce sens des priorités et cette lucidité critique qui me faisaient tant défaut. désinhibée par cet environnement calme, vide mais familier, je prends mes décisions. j'ai un pouvoir que je ne connaissais pas sur mes propres pensées. tout mon moi accepte ce que je dis, ce qui n'est pas le cas d'habitude. mes pensées principales sont sensées, ce qui leur confère une autorité nouvelle.

je parle calmement à la face de ce monde inconnu qui semble presque sincèrement bienveillant. je lui explique, je nous explique lentement à voix basse tout. et il m'écoute.

Publié par déviante à 21:46:29 dans grenier/cave | Commentaires (1) |

2005 XXI | 31 mars 2006

je ris comme une possédée. heureusement que je suis seule, enfermée dans la maison. je suis assise au bord de la fenêtre. je ris d'un vrai rire franc, sincère, plein, "chaleureux" presque. même mes yeux rient avec mon corps. je ne regarde même plus ce qui m'entoure. je ris, je suis secouée de spasmes. des larmes même coulent de je ne sais où. rien n'a plus d'importance. je vois sans voir ce qui se passe autour de moi, comme des images sans suite qui défilent, saccadées. je ne discerne pas les objets qui composent ces images. je perçois un tourbillon de bleu nuit, de noir, d'orange, de gris blafard. je ris à grands éclats qui ne s'arrêtent que lorsque je suffoque, cherchant l'air glacé bruyamment. je n'entends plus rien, à part mon propre rire qui trouve son écho quelque part dans mes souvenirs.

je ris et cela me fait peur. je n'ai plus l'habitude de ce mouvement naturel. j'étais habituée à ces actes que l'on calcule. j'étais habituée à repenser chaque geste, chaque parole et chaque acte, les plus petits, avant de les exécuter. c'était devenu un automatisme. penser, mettre au point, vérifier, exécuter une fois en pensée, esquisser, exécuter. un processus cher qui m'était devenu habituel, et qui l'est toujours. mais le rire arriva, et je ne pus le commander. un échec de plus. que deviendrai-je, si je m'aliène au point de ne plus pouvoir commander non seulement mes pensées, mes sensations, mes sentiments (je n'aime pas ce mot) mais encore mes actes? que deviendrai-je? mais ce rire ne veut-il pas dire non plus que je suis encore humaine? je n'en sais rien.

cela fait longtemps que je n'avais pas tant ri. la sensation est étrange. ma cage thoracique vibre, mes épaules se soulèvent, un rictus s'empare de ma face.
je veux que cela s'arrête. mais je ne peux pas; aussitôt une autre vague m'emmène, m'empêche de respirer et de reprendre mes pensées entières. un marteau cogne mon coeur qui palpite sourdement. la fatigue enfin m'arrête; je suis vide et j'en ai assez.

aujourd'hui, j'ai ri. j'ai regardé mes pensées. j'ai ri: j'en suis malade. ces pensées me tueront à petit feu, insidieuses. j'ai ri de désespoir et de fatigue; ce qui me poursuit m'a enivrée. mon mal m'a faite rire; un remède existe, je l'ai jeté au fond de la seine. je n'irai pas le chercher. on m'a laissée seule avec mon mal, pour disputer un dernier duel. nous sommes tous seuls devant le mal lorsqu'il vient de nous-mêmes.

Publié par déviante à 21:44:03 dans grenier/cave | Commentaires (1) |

2005 XXII | 31 mars 2006

iphigénie se réveillait la plupart du temps quand son rêve était fini, vers midi le plus souvent. elle ouvrait les yeux, la couette tirée sur le visage, et resassait dans l'obscurité les merveilles de son rêve. l'architecture molle de la couette lui créait une chaude grotte utérine, où il faisait bon se souvenir et s'enrouler sur soi-même. elle restait indifféremment quelques minutes ou une heure sous cette carapace épaisse qui étouffait si bien les sons, parfums et lumières du dehors. elle eût voulu y rester toute la journée mais il fallait affronter encore le regard des objets, et même parfois des personnes, qui tentaient, raisonnantes, de la ramener à la réalité,
ce d'ailleurs sans succès.

elle s'asseyait par un moyen ou un autre, ne pouvant avoir recours à ses abdominaux depuis longtemps atrophiés. elle s'appuyait sur ces mains qu'elle haïssait désormais, inutiles, stériles, puisqu'elle ne pouvait plus jouer de piano avec. elle posait les deux pieds à terre. cet effort lui faisait tourner la tête; elle se reposait ainsi quelques minutes, les coudes posés sur les genoux, attendant de se sentir assez forte pour se lever. elle fixait les détails du parquet blond, parsemé de ses cheveux morts et d'éclats de papier au milieu des livres épars, ouverts et cornés aux meilleures pages, celles que le hasard avait désignées. lorsqu'elle se sentait prête, elle prenait appui sur ses deux pieds, poussait sur le lit de ses deux bras tremblants, et arrivait à la station debout. la partie la plus laborieuse était passée. chancelante par cet effort, elle contemplait les objets qui l'entouraient quelques secondes, appréciait son nouveau point de vue pour considérer d'un nouveau regard cependant toujours aussi désabusé ce qui s'offrait à sa vue. puis elle faisait le nombre de pas nécessaire pour atteindre la porte, un, deux, trois, quatre souvent. elle tournait la poignée récalcitrante, et se retrouvait au-dehors. le froid rond de la porcelaine blanche lui restait quelques secondes dans la main droite, fantôme demi-tangible de cette frontière entre son monde et celui des autres. l'escalier à sa gauche plongeait dans les profondeurs fraîches et étrangères du monde autre; il ne l'attirait guère que par sa pente dangereuse où elle pouvait très facilement tomber et peut-être même, si elle tombait adroitement aidée par un peu de chance, se rompre le cou. elle était arrivée sur le palier. le froid l'assaillait; elle avait envie de regagner sa chambre. mais elle allait à droite, dans la chambre d'electre, pour se brosser les dents et prendre une douche. en sortant de la douche, qui lui brûlait la peau, elle éternuait, les cheveux mouillés, et très facilement un mal de gorge rédhibitoire la prenait. elle se dépêchait de s'habiller puis de retourner dans sa chambre. soulagée d'avoir accompli les actions que les autres jugeaient nécessaires, pensant sa journée à présent dénuée d'obligations, elle s'asseyait lourdement sur son lit. elle exprimait des lattes un gémissement en provoquant un grincement subit de leurs fibres. elle promenait vaguement son regard, tentant de planifier une journée. mais elle ne pouvait rien voir d'hors du commun dans cet avenir qu'elle connaissait pour l'avoir déjà vécu la veille. elle farfouillait dans le fatras de sa table de nuit pour y dénicher un tube de somnifères; elle en avalait un ou deux, pour passer le temps. elle s'allongeait sur son lit fait; elle le défaisait et s'y glissait de nouveau. souvent elle se rendormait. elle replongeait avec délices dans les rêves qui lui avaient tant manqué pendant le bref laps de temps où elle avait été éveillée. il lui semblait ainsi enfin revivre. elle pouvait se mouvoir comme aux temps de son enfance, sans que ses mouvements soient alourdis par son corps; sa course était vive, ses muscles lui semblaient être faits d'énergie assemblée en longues fibres électriques et souples qui la piquaient et la pressaient à en user par de légères mais agréables décharges. avec celui qu'elle aurait juste voulu apercevoir, elle avait de longues conversations, comme au temps où ils se parlaient. une autre réalité prenait forme; elle n'était même pas parfaite. mais les évènements s'y succédaient dans une logique qu'elle, iphigénie, pouvait comprendre. elle avait dans ce monde où elle aimait tant vivre un pouvoir sur ses propres actes, sur ses paroles, sur son corps enfin. ces pouvoirs conjugués lui donnaient un pouvoir qui lui semblait immense sur sa propre vie. là, il lui était possible enfin de recommencer chaque acte qu'elle avait mal exécuté dans la journée. chaque parole était modulable à l'infini ou presque. le comportement des autres leur était dicté par les réalités auxquelles ils étaient confrontés, non plus à leurs inhibitions inhérentes aux regards extérieurs, ni aux interdictions de la société ou même de la nature elle-même; ils n'avaient plus sur les réflexions qui précédaient leurs actions ce poids écrasant qu'a le sur-moi chez l'humain. ils agissaient et parlaient comme il leur plaisait, et comme iphigénie eût voulu pouvoir faire dans le monde dans lequel elle était supposée vivre. après avoir rêvé, parfois elle se réveillait dans un demi-sommeil, quelques minutes, et ouvrait ses paupières collées et cotonneuses pour vérifier, dans un geste dérisoire, que la réalité dans laquelle son corps vivait n'avait pas par miracle changé. mais elle ne changeait jamais. et iphigénie se rendormait dans son rêve, presque un sourire de sécurité sur les lèvres.

iphigénie parfois se levait de sa torpeur, et écrivait un peu, à elle-même, à hermione, à d'autres. elle avait froid; elle mettait des mitaines pour écrire et parfois s'interrompait, se dressait sur sa chaise et frissonnait. elle ne voulait pas allumer de radiateur; son orgueil s'en fût trouvé diminué. elle avait tant froid que parfois, elle s'enroulait dans la couette avant de s'asseoir à sa table. il lui arrivait de se servir un rêve, pour se réchauffer. le liquide ambré fondait dans ses veines et l'entiédissait quelques secondes, amenant un rare sourire sur son visage. mais très vite, les yeux se déplissaient et se revidaient, et le sourire, futile vestige, restait imprimé quelques secondes encore. lorsqu'elle en avait assez, elle se levait, faisait quelques pas, se rasseyait, se levait pour cette fois-ci faire des long en large, mais très vite elle retombait essouflée et rouge sur son lit. elle aimait faire des mouvements rapides; ils la fatiguaient très facilement, et l'assomaient quelques secondes. sa tête tournait, ses mains tremblaient; elle se rendait compte de la faiblesse et de la couardise de son corps léthargique. ces mouvements l'empêchaient de penser quelques secondes, et interrompaient ainsi le cours de sa réflexion trop rapide malgré le coton des somnifères.

il lui arrivait aussi de se lever de sa table, et de descendre les escaliers interminables qui tournaient et grinçaient, au milieu des volutes du froid qui l'attaquaient. après avoir descendu deux étages qu'elle pensait ne jamais pouvoir remonter, elle arrivait dans la cuisine inondée d'une trop pure lumière hivernale, parfois même des reflets de la neige qui silencieusement pendant qu'elle rêvait avait recouvert ce qu'on voyait à travers la fenêtre. iphigénie aimait voir la neige; elle semblait annihiler les réalités en les recouvrant d'une épaisse couche blanche et laisser la place à la nouvelle réalité qu'on voudrait bien y construire, si l'on avait assez d'illusions pour s'en donner la peine. la cuisine était salie par cette claire lumière qui arrivait du soleil invisible de la fenêtre. elle avalait sa salive, et traversait la cuisine au milieu des chauds rayons. parfois elle éclatait en larmes, détruite par l'agression violente de la lumière chaude, qui lui rappelait la vie qu'elle avait eue. elle parvenait au frigidaire, dont la porte ouverte lui permettait de se protéger de la lumière et de la chaleur, en dispensant par son ouverture une fraîcheur salvatrice. elle s'asseyait dans l'ouverture, et observait les étagères presque vides. parfois elle prenait un objet au hasard, parfois elle ne prenait rien et restait hébétée, assise sur le carrelage, à fixer l'ampoule qui éclairait doucement le vide. elle prenait un fromage blanc à zéro pour cent, de la laitue romaine. elle n'osait s'attabler; elle craignait de ne pas pouvoir résister à la lumière le temps de manger. elle ne pouvait pas fermer les volets: clytemnestre, qui n'aimait rien tant que la lumière, avait fait enlever les volets de cette fenêtre pour pouvoir placer des fleurs sur son rebord, des géraniums prolétaires et à l'odeur soulevante. elle emportait cette nourriture dans sa chambre. et elle remontait les escaliers, marche par marche, en s'arrêtant toutes les cinq marches. elle s'asseyait sur le palier du premier étage, avant de continuer son ascension désespérée. arrivée à sa chambre, essoufflée, elle s'asseyait sur son lit, et se demandait le temps de se remettre si ce jour-là elle allait manger ou non. lorsqu'elle mangeait, elle ingurgitait sa nourriture, en se pinçant le nez pour ne pas sentir le goût et s'empêcher de vomir. elle jetait les reliefs de son repas, supplice, dans la poubelle de la chambre d'electre. elle s'allongeait encore, et tentait encore de dormir. mais souvent, elle n'y arrivait pas:manger avait éveillé pour quelques heures ces réflexes vitaux qu'elle s'efforçait de réduire à néant, pour réussir à mener la vie de rêves qu'elle entendait se fabriquer, dans le sommeil qu'elle recherchait avec tant de faim et d'envie. ainsi elle reprenait souvent un somnifère avec parfois un rêve pour décupler ses effets; et son rêve sans fin reprenait son cours, à l'endroit où elle l'avait laissé, les couleurs peut-être juste un peu ternies et passées à la lumière du jour qui avait traversé ses pupilles à la seconde de son réveil.

Publié par déviante à 21:42:05 dans grenier/cave | Commentaires (0) |

jours | 30 mars 2006

ruptures; d'autres noeuds se font.

(la vie est une corde de chanvre animée, solide. elle s'accroche d'elle-même. elle blesse les mains; mais plus elle a servi, plus elle est souple et douce.)

le cours du temps a ses compensations.

je retrouve qui j'étais.

Publié par déviante à 20:46:07 dans le temps qu'il fait et ce que le temps fait | Commentaires (0) |

argent fin, cheveux morts de boréale trouvés par terre, encore sanglants de nouveauté | 27 mars 2006

 tout ce que je peux encore vouloir
c'est être un enfant sans morale

ce n'est même plus possible
et je tente d'en donner l'apparence

à tracer des croix mouillées sur les ardoises, au petit matin...
faire une croix sur les pensées qui reviennent
marée vomissante, lourde, renversante

des morceaux d'épaves rouillées en travers de la gorge
l'orbe rouge passé des anciennes douleurs
avec la blessure présente, la cicatrice blanche qui se rouvre

(
ce sont les pensées qui laissent les cicatrices les plus profondes
pas de jamais pas de toujours
noyez-vous pensez)

Publié par déviante à 22:32:57 dans le temps qu'il fait et ce que le temps fait | Commentaires (2) |

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