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3 mai 2006, dix-sept minutes : numéros | 06 mai 2006

19h40
    Quand le nombre d'années qui correspond à la durée de ma présence ici était encore peu élevé, autrement dit, quand j'étais enfant, on m'a appris longuement, avec soin, la différence magnifique qu'il y a entre chiffre et nombre.
    Je croyais qu'il fallait faire un choix, désigner un camp. Je réfléchis plusieurs années. Je me décidai pour celui des chiffres, parce que j'aimais bien les dessiner et qu'ils étaient beaux, mais que je n'aimais pas leur donner un sens ni les utiliser. Et puis j'aimais l'élégance de la lettre f qui était, comble du bonheur pour un seul mot, redoublée, ajoutée à la rapidité subtilement sensuelle du ch.
    Maintenant, je n'aime ni les uns ni les autres.

Publié par déviante à 20:35:19 dans paroles de papier | Commentaires (0) |

3 mai 2006, dix-sept minutes : trop de lumière | 06 mai 2006

19h35
    Depuis cinq minutes, une mouche opulente, plantureuse, attirante, veinée de noir très jaune (comme son rire bourdonnant), une mouche tente de s'échapper par les pores de la vitre. Ces étroits carrés tissés dans le verre lorsqu'il est encore chaud refusent de lui céder le passage, et ce avec la remarquable unanimité qui peut rendre le verre si appréciable.
    Ainsi, cette jeune mouche alterne moments de calme course méthodique, chatouillant la respiration méthodique et pas même exaspérée du verre, et moments d'envies quicidaires, se jetant contre le carreau qu'elle fait semblant de vouloir briser.
    Si elle savait les affreuses merveilles du monde qui l'attendent au-dehors...Oh elles l'attendent, de leur sourire sucré de plastique...

Publié par déviante à 20:27:33 dans paroles de papier | Commentaires (0) |

3 mai 2006, dix-sept minutes : stress | 06 mai 2006

19h31
Il est parfois amusant, désolant aussi, de constater la multitude des gestes que le pauvre humain soumis à une quelconque tension d'origine intérieure ou extérieure peut accomplir. La quasi-inutilité thérapeutique de ces gestes est aussi attendrissante. Le geste compulsif devient faussement nécessaire, au même titre qu'une drogue comportant une dépendance uniquement psychologique.
L'être le plus rationnel se voit confronté à un ensemble de rituels inconscients qu'il a lui-même tissé; les vertus qu'il prête à ces légers mouvements sont le détournement de sa propre attention vers l'action, la réassurance, et la si gratifiante impression d'efficacité...

Publié par déviante à 20:17:45 dans paroles de papier | Commentaires (0) |

pas de bruit | 06 mai 2006

souvenirs vécus de nouveau, mémoire qui craque et tangue, bouleversée.
j'ai envie de vomir des larmes rouges, de belles gouttes larges et franches, qui au lieu de m'étreindre la gorge l'ouvrent, et me fassent chanter.

je marche sur la charpente ouverte de la lumière.

Publié par déviante à 19:08:40 dans despiration | Commentaires (0) |

c'est l'horreur | 02 mai 2006

pourquoi l'obsession de la nature est-elle la production de matière vivante? pourquoi tend-elle toujours à faire proliférer le vivant libre, le vivant laid, le vivant horrible? ces visqueuses accumulations de cellules, cette constante croissance...dans ce domaine la vitesse est distordue comme en un cauchemar. rimbaud dit s'être baigné dans le poème de la mer; pour ma part, je me suis baignée dans le piège de la mer. les poissons se sont collés à moi; chacun est devenu une de mes écailles. j'épluchais ma peau sans cesse, en vain; elle devenait à chaque fois plus brillante, indépendante de ses mouvements mais entravant les miens. puis les poissons se sont ligués en une souple corde, qui se balançait, souple, paresseuse mais menaçante. et l'étranglement a perdu mes cris salés en moi-même

on m'a pendue dans la mer.

Publié par déviante à 19:45:23 dans paroles de papier | Commentaires (1) |

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