Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

"Poïein" | 26 juin 2006

Faire de ses doigts une source d'ors chatoyants; 
Faire enfanter à la mine du sec crayon qui griffe et brûle le papier
Des mots sans douleurs, à l'amertume douce et naturelle, des mots de caressant acier
Alliés de celui qui cherche, remèdes à celui qui tente de fertiliser son soi blanc.

Créer, exhumer de la pensée sans intérêt une chimère inconnue, belle et effrayante
Donner un lit à cette rivière chaotique de paroles
Qui coule de la bouche, égout aux forces et aux lignes distendues molles;

De soi-rien extraire une essence existante.

Publié par déviante à 20:55:42 dans despiration | Commentaires (2) |

matines | 23 juin 2006

Si l'ivresse fatiguée des équipées uniques
Nous montre la vérité nocturne sous un nouveau faux-jour
Nous transcende-t-elle dans la diurne conscience
Avec se douce frénésie, digne des guerres celtiques
Nous transporte-t-elle dans son château de fer,
Une douloureuse garde au ciel ouvert?

Si l'odeur de l'eau moisie à la frontière implacable
Des narines tendues fendues d'avidité affleure
Doit-on céder à la panique?
Après la lucide course matinale
Les veines battent fort, dans leur prison fémorale
Et la respiration s'embue d'un sombre vin vert.

Si je pense à cette vodka, servie un petit matin
Dans la vague poussière lumineuse, vaine et fade
D'un vieux troquet mourant
Briserai-je sous le talon fantomatique de mon moi souvenu
Ce verre de cristal de Baccarat rouge?
Les buissons bataillent et s'embrassent, observent ces retardataires qui s'enivrent avant le jour, crispés de dérisoires, tandis que la ville dort encore sous ses cendres.

Publié par déviante à 20:38:07 dans le temps qu'il fait et ce que le temps fait | Commentaires (1) |

enfance 3 | 23 juin 2006

L'ours est muet; ses grelots sont collés de sommeil.

L'enfant est relégué au fond de la cave. Blotti contre le soupirail, il a enceint le rempart de ses genoux blancs écorchés.
Il n'arrive plus même à s'ennuyer de ses monstrueux jeux. L'un retient son haleine avec engouement émerveillé.

L'enfant éprouve la flamme d'un briquet.
Faire craquer la pierre, muer sa main en une coupe
Pour abriter le feu de la brise éteinte;
Laisser s'envoler la flamme silencieuse qui respire un peu d'air, quelques jeunes secondes.
Faire tourner la pierre rugueuse, de la corne du pouce, pour faire cracher au petit dragon de plastique
Quelques étincelles vertes;
Ou encore écouter, lorsqu'on est las, le gaz s'échapper sans un souffle.

Jeu éternel.

L'enfant, assis contre le mur, l'enfant s'ennuie consciencieusement. Il n'a pas très peur car il sait qu'il fait jour au-dehors.
Il est libre, il est seul, l'enfant prodigue. Il sent sur lui un peu de lumière blanche, échappée du soupirail
Lumière blanche qui a distillé diffracté cambriolé
Les brillantes froideurs de l'été extérieur.

Il sait et contemple ce monde qui ne l'attend plus.

Publié par déviante à 20:25:50 dans paroles de papier | Commentaires (1) |

sur un escalier cheminant | 23 juin 2006


Les acacias tremblent et s'étranglent, sous la paresse
De leurs propre ombres épineuses. Sur le chemin
Ils balancent leur image projetée, lente caresse
Aux cailloux haïs soudés, qui naissent mains dans les mains.

Un vieux papillon à l'aile tachée de brun
Se ligue contre lui-même, ultime molesse
Ses longs battements cycliques claquent et agressent
Ponctuent le silence plein, jusqu'au lendemain.

Ce chemin en clair-obscur, aux fleurs arrachées
Cette voie romaine aux solides jalons crachés
Cette route semée de minuscules pierres

Faux paisible, semblant de banal petit passage
A la nature qui bataille, lent dressage
Ce chemin aux prismes, c'est du réel la frontière.

Publié par déviante à 19:44:04 dans le jardin de l'émeraude: sonnets | Commentaires (0) |

carapace escarboucles d'air | 22 juin 2006

Des coquelicots dansent au bord de la voie, dans leur venteux tutu rouge, trop vif, léger tout de même; les bords sont mangés de noir. Certains pans-pétales du tissu vivant sont déchirés, et saignent de blanc. Ils virevoltent sous la vitesse, facétieux, changeants; ils ne sont jamais pareils; le regard ne peut les suivre dans leur course inverse. Le spectacle qu'ils prodiguent, c'est l'arabesque finale, le chant du cygne; l'instant qu'ils offrent, c'est la pirouette vers l'invisible.

Derrière la carapace d'air massif, incolore, à l'odeur fade, mais ô combien impénétrable, les fluides filent et se fondent; les points se font lignes et les lignes se font rubans. Le sol vole, ivre; il est aspiré par la bruyante respiration du train, qui cherche l'air et la matière, du fond de sa sépulcrale gorge. La course halète aux virages; l'urgence se fait plus grande. Le chaos des couleurs plates anime l'espace de ses légères crêtes, de ses saillies à peine écloses qui accrochent l'air.

A dix mètres pourtant, le paysage déroule sa banderole, intact.

Publié par déviante à 21:48:07 dans despiration | Commentaires (2) |

<< |1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| 10| 11| 12| 13| 14| 15| 16| 17| 18| 19| 20| 21| 22| 23| 24| 25| >>

Tous les derniers titres