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Septième jour | 07 janvier 2007

C'est dimanche
Le jour qui expire et les trains qui freinent

Marcher au bord de la voie, en équilibre
Sur le fil de la bordure

Vers le baîllement du tunnel
Offrant sa chair grise

Publié par déviante à 16:09:28 dans despiration | Commentaires (1) |

Juillet, gare de Sarrebourg | 07 janvier 2007

Les minutes s'écroulent. Du dallage délié, aux poussières accordées et aux jointures bues par la chaleur s'envole une main de pierre


Le millepertuis plonge vers le ciel. Il lui tend ses pores, longuement colorés de soleil. A côté de lui s'émiette avec peine le glacis d'étoupe d'un pissenlit mûr, à la faveur des rares courants d'air


Tout est prêt à on ne sait quoi.


Attendre, se déplacer pour mieux attendre. Croire qu'on ne sera jamais partie de tous ceux que l'on voit défiler rapidement sous les yeux immobiles. Leur ballet aveugle, spectacle burlesque; succession d'attentes, glissements déplacements pour tromper l'attente.


Leurres. Comme ce corps de morte dormante, au visage et aux bras blancs, qui une nuit près de moi happait l'obscurité, possessif, et attirait vers lui la matière du silence, qui blessait mes yeux.

Publié par déviante à 16:03:11 dans le temps qu'il fait et ce que le temps fait | Commentaires (1) |

L'allumeur de réverbères | 27 novembre 2006

L'allumeur de réverbères est passé.
Il a jeté le trouble dans les versinthes, ramassé les dés qui roulaient encore sur le sol.
Il les a posés sur la table.

L'allumeur de réverbères est passé.
Derrière la porte, le froid et les vents qui bataillent.
Il a posé son manteau sur la chaise.
Les bouches exhalent leurs chaleurs et se taisent.


L'allumeur de réverbères est passé.
Chacun l'a regardé étrangement
Je voulais un morceau de lui
Alors j'ai souri au fond de mon verre.


[Dans les plis de son large manteau, j'ai fouillé et retrouvé un parfum poivré ancien adoré qui n'était pas à lui, adouci par la chaleur de son corps.
Respiration ample et sans larmes; sourire sans regrets et sans amertumes. Sourire comme à de bons souvenirs
Ce n'est pas à lui; c'est un autre qui ne m'est rien.]


L'allumeur de réverbères est passé.
Il a éteint les allumettes nerveuses et enflammé les mèches des bougies; grésillement du fil noir, cassant, un peu recourbé.
Il ne s'est pas assis mais a fermé la porte derrière lui.

L'allumeur de réverbères est passé.
J'ai vu les regards cyniques
Qui m'étaient sourires
Et les marches noires muettes étourdissantes
Qui m'étaient paisibles errances.


L'allumeur de réverbères est passé.
Il a tranquillement traversé la petite salle, en faisant craquer les lames du parquet comme un feu.
Il s'est servi un verre d'eau.


L'allumeur de réverbères est passé.
Il a fendu la bise blanche au fort arôme
En ouvrant ses mains il l'a dissipée
Et la cendre vole, traçant en l'air
Les signes de sa colère lointaine.


L'allumeur de réverbères est passé.
Il a fermé le livre aux pages incertaines
Chassé les images oiseaux-douleurs
Qui ne sont plus à moi.


[Ses mains chaudes sans gants sur mes épaules. Je me suis enfin endormie.]

Publié par déviante à 19:37:49 dans despiration | Commentaires (0) |

Bâtons rompus | 10 août 2006


Se voir heureuse en sa solitude; s'y croire immergée. Jouir de ces trêves, de cette paix armée, au coeur de la bataille contre soi-même. Déglutir l'espace, puis encore l'espace, qui se renouvelle devant les yeux, malgré le décor inchangé.
Donner une naissance avortée au futur. Se sentir emprisonnée dans cet espace qui entoure et enlace de ses bras trop tranchants et trop aériens. Il est difficile d'y évoluer.
L'immobilité malsaine et nerveuse, dans un calme qui, lui, ne semble rien attendre.

Publié par déviante à 12:23:44 dans négation aveugle | Commentaires (6) |

Morceaux d'hier | 09 août 2006



[Phalène aux yeux de bois,
Ne vois-tu pas la peur qui s'effrange?]


Observe le bruit des feuilles qui ventent. Il aime à se faire croire qu'il est pareil à celui de la pluie lancinante, languissante, lapidante. Petits chocs secs entre les feuilles gonflées. L'écho des vagues claque encore, et les oiseaux sonnent la retraite.
Le lever semble si sombre au fond des vallées. La pente épineuse attire, donne envie de nager dans les ronces et de se rouler dans les écorchures. Noyer l'oubli dans un parfum de sang végétal. Au loin, des enfants ont lancé leurs cris ronds comme les balles avec lesquelles ils jouent; les voix ivres tournent; on se croirait dans une piscine.


Le soleil se fraie un chemin au-dessus des nuages. Les herbes surplombant mon visage deviennent imposants bonsaïs. Le sol est vraiment sculpté avec une minutie lascive. Chaque brin de paille, chaque paillette de poussière a été placé pour former un ensemble diaboliquement sûr. Peu à peu, un parfum d'alcool se fait au jour; lentement, il se disperse, par échos de gorgées.
Même les camomilles tortueuses mais salvatrices possèdent leur grâce ciselée.
Airs troubles de l'incompréhensible et déchaînements de fausse puissance. Les feuilles des buissons spartiates tentent de s'ailer; mon regard les retient. Les mouettes repues promènent un vol puissant mais léger; les turbulences de l'herbe me chuchotent un japonais délié et mature.
Plus bas, un pont a déposé ses arcades. Le fleuve entraîne doucement sa pollution. Le vent en vieillit la surface par instants, formant de légères îles d'eaux ventées; on a envie d'arracher la peau du fleuve, et de se jeter en lui sans se bander les yeux. Le fond préservera son intimité.

Les jeunes démences commencent.


Publié par déviante à 20:42:21 dans négation aveugle | Commentaires (2) |

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