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j'aime pas les douleurs | 03 mars 2006

je n'aime pas
me sentir torturée par moi-même
me détruire sans l'avoir décidé
me voir le corps brûlé

ne pas pouvoir m'échapper de cette enveloppe
et me tordre calmement tellement
je suis rivée au sol
tellement parfois tellement
ça fait mal

envie d'exploser paisiblement
et de projeter mes viscères au plafond
sanglantes constellations
et la douleur qui s'envole, blanc démon
vers d'autres corps trop avides
elle s'envole par la fenêtre
sans regret;

Publié par déviante à 13:05:20 dans despiration | Commentaires (1) |

images | 02 mars 2006

bestiaire fou, château suspendu;
chimères suspendues dans l'air miroitant
elles tournent lentement, fatiguées;
se balancent et s'éventent
dans la moiteur immobile.

animaux blancs, château aveugle;
tous mordent leur langue
s'émoussent sur les barreaux invisibles
de leurs esprits aux yeux fixes
et l'écume rompt leurs lèvres.

cruel burlesque, château débridé;
ils regardent, de leurs peurs éternelles
ceux qui les observent, sans les voir;
ils ne peuvent plus penser
et se balancent, épuisés, dans la prison transparente des regards.

Publié par déviante à 22:29:26 dans le temps qu'il fait et ce que le temps fait | Commentaires (0) |

2006 V | 02 mars 2006



Lorsqu' Iphigénie sentait le désespoir gonfler entre ses pensées, lorsqu'elle le sentait envahir sa chambre étroite, ombre transparente au sol - elle disparaissait.
Là étaient ses rares sorties. Il fallait vraiment une tristesse, une émotion d'une force inhabituelle pour lui faire quitter le monde protégé.

Invoquant quelque prétexte futile et fallacieux, elle prenait à pied, seule, la direction de la campagne. La marche la fatiguait tellement que ses pensées étaient coupées par ses pénibles respirations, et elles devenaient moins suivies et moins compréhensibles. Par l'essoufflement, elle parvenait, non pas à faire taire, mais à couvrir sa voix intérieure qui lui chuchotait des hurlements emportés.

Souvent, elle se dirigeait vers le village d'Achille. Avec le fou et vain espoir qu'il se trouverait sur son chemin, et qu'elle l'impressionnerait par sa dignité, son courage et sa solitude.

Le chemin qu'elle prenait traversait les champs. La lumière était sombre, maléfique, BLANCHE. Ce qui traversait les nuages aveuglait sans violence, mais avec insistance et lourdeur. Les gros cailloux du chemin ruisselaient sous ses pieds, et souvent, elle manquait de tomber en trébuchant sur une pierre. A ces moments-là, elle sentait sa faiblesse. Son corps l'encombrait encore. Des fils électriques longeaient le chemin.
De temps en temps, des noyers centenaires ponctuaient le chemin, bornes statiques aux branches chuintantes.
Personne ne croisait son chemin. Elle était seule, sur un chemin, au milieu de la terre retournée aux germes brisés. A droite, à gauche, elle apercevait de loin en loin des bosquets. Le blanc obsédant du ciel. Et son silence. Son silence étouffant.

Lorsqu'elle passait sous les lignes à haute tension, un bourdonnement insistant, qui se voulait paisible pourtant, passait entre ses deux yeux. Et ce calme brisé la foudroyait, sa douleur reprenait le dessus; le charme solitaire était rompu.

Elle marchait ainsi quatre, cinq heures. Toujours elle fixait devant elle le calme des brumes qui volaient autour des champs. Elle voyait sans cesse le chemin blanc se rouvrir devant elle, à chacun de ses pas. Elle aurait voulu se noyer dans le silence qui l'enserrait.

Enfin, elle apercevait le village d'Achille. Quelques maisons agrégées, comme des humains peureux. Ses pas s'allégeaient; ils s'affranchissaient de la fatigue accumulée du trajet. Parfois, lorsqu'elle en avait la force, elle courait. Elle croyait voler dans le silence, s'élever de terre, nager dans l'air comme dans ses rêves. Le vent brûlait ses yeux. Et c'était avec des larmes de dépit qu'elle parvenait au premier croisement avec l'unique route qui traversait le village. Là, elle avait peur; elle allait entrer en territoire sacré. Elle restait là de longues minutes, le regard perdu devant elle, avançant de son fil invisible dans les rues. Puis elle s'en retournait, déçue, sombre, vide, pour un retour dans la nuit qui tombait, puis l'obscurité noire.

Son pélerinage était fini.

Publié par déviante à 22:05:11 dans grenier/cave | Commentaires (0) |

2006 IV | 02 mars 2006



Iphigénie ouvrit sa fenêtre et alluma une cigarette. Les jardins sous elles étaient éclairés comme en plein jour ou presque. Elle leva les yeux, et aperçut la lune, qui mouvait sa pleine rondeur.
Mais il lui semblait qu'une autre lumière éclairait le paysage silencieux. Elle tourna la tête vers la droite, et aperçut au-dessus d'un mur les pointes tremblantes de flammes qui léchaient l'air.

Elle tira deux bouffées.

Retournant son regard vers la lueur orangée du feu, qui parvenait presque à la réchauffer, elle vit que les flammes avaient grandi. Elles étaient alors grandes d'environ deux mètres, et dépassaient largement du haut du mur. Elle contempla les danseuses impalpables aux robes rousses; elle s'imagina un destin de torche vivante parmi ces souples immortelles; aucun devenir ne lui parut plus beau.

Elle se détacha de ces songeries; elle commençait à calmement se demander si les flammes n'allaient pas bientôt franchir le mur et gagner les maisons voisines. Elle se réjouit presque un instant. Mais sa joie s'envola vite lorsqu'elle vit les flammes sagement se baisser, toujours corsetées dans le carcan des murs.

C'est alors qu'elle aperçut une petite ombre noire, qui furtivement allait et venait près du feu, courbée. Elle comprit que cet âtre nourissait le feu.

L'âtre fit un geste brusque; la flamme vira au bleu poison.
L'ombre sembla s'agenouiller et rester immobile, très près du foyer.

Iphigénie se demanda ce qui brûlait avec tant de ferveur et d'empressement, et qui était celui qui soignait ce feu avec tant d'amour.

Etait-ce un de ces pauvres nouveaux bourgeois, qui brûlait des cartons qui l'encombraient?
Etait-ce un peintre, un poète, qui brûlait son oeuvre, insatisfait?

Elle écrasa sa cigarette, et ferma sa fenêtre à son imagination.

Publié par déviante à 22:01:52 dans grenier/cave | Commentaires (0) |

2006 III [img: Munch, la madone] | 02 mars 2006


On me demande pourquoi
Je ne souris qu'à moi.
Je réponds: je n'aime pas étirer les coins de ma bouche
Dans un geste faux, maladroit et lâche
Pour votre plaisir
Je ne veux pas me donner cet air faible, éteint et compassé
Que pour beaucoup vous affichez.

On me dit: pourtant, tu deviendrais belle
Si tu nous souriais.
Je réponds: je n'ai pas envie
D'être belle pour vous
Vous qui ne l'êtes pas pour moi.

On me demande pourquoi
Jamais je ne ris
Je réponds: voulez-vous m'entendre hennir
A la moindre de vos paroles
Comme un tragique cheval
Aux jambes de marbre brisé?

On me demande pourquoi
Toujours je rêve, jamais je ne vous regarde
Je réponds: je vous fuis
En cherchant les moyens de vous sauver
Vous aimer aussi, un peu.

On me demande pourquoi
Jamais je ne sais
Je réponds: je ne veux apprendre
Ce que d'autres déjà savent.

On me demande pourquoi
Je ne suis plus amoureuse
Je réponds: je ne peux plus
Mon coeur mon coeur
Citron pressé

Publié par déviante à 22:00:58 dans grenier/cave | Commentaires (0) |

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