• les Orages



    3h41

    délivrer, libérer le passé sous les coups de boutoir des mots pensés. tourner les pages de son existence vécue, ressentir en voyant.

    les mots, insistants, consistants, qui reviennent et qu'on ne peut empêcher. ils brûlent la pensée de leur force évocatrice et péremptoire. ils résument un ensemble en quelques syllabes indiscutables, amères presque à la bouche.

    morceaux, débris avortés et inachevés de presque-bonheurs parfois que l'on regarde avidement défiler. voir ce que l'on n'avait pas vu à l'époque; voir les valeurs profondes, les vanités aussi. se voir songer à l'étrange équipée immobile qu'on est en train de mener.

    le souvenir est plus fort que le vécu en lui-même. il est la trace, l'empreinte, le moment recomposé et décliné sur le thème fébrile et évanescent de l'image
    .
    le souvenir est plus fort que la mémoire. il libère l'évènement du superflu; même s'il le subjectivise encore plus, il l'épure sans l'appauvrir, car il l'authentifie encore plus, du moins dans le référentiel affectif de la personne elle-même qui se souvient. la mémoire est un vaste livre d'images; le souvenir est la légende, le commentaire songeur de chaque débris lumineux et lointain de vie brute.

    au-dehors, les objets restent immobiles, pauvres de leurs couleurs; ils ne ressentent pas le voyage silencieux du corps tremblant de joie à côté d'eux.
    et parfois, en ces heures éternelles de redoublement de l'existence, on a envie de courir après son passé. retrouver les paisibles et certaines illusions d'antan. courir, courir dans le sens inverse de celui du temps.



    "Heures merveilleuses des voyages immobiles!"
    C. Juliet, Lambeaux


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :