• les rails filent et sifflent
    serpents jumeaux d'épais métal mouillé
    sans crisser ils tissent la course
    du train qui se balance comme une danseuse

    dehors, de graciles branches
    gorgées d'eaux
    dévorées de lichens
    balancent lasses sous le crachin

    la paix la paix des heures le front à la vitre
    laisser couler l'immensité tranchante du ballast

    la contemplation lâche
    qui me nourrit


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  • la neige noire fond, l'eau lourde glisse goutte après goutte. le choc est sec et doux, et il ponctue de son accent ta réflexion vide et silencieuse.

    tu regardes le soleil s'élever lentement, à travers le verre sale de ta fenêtre. tu n'as pas dormi cette nuit; le mince filet alccolisé qui a coulé toute la nuit t'a reposée et maintenue éveillée. ce soleil qui commence malgré toi à te réchauffer, et que tu n'aimes pas.

    le ciel est de ce bleu profond et joyeux que tu n'aimes pas.

    tu les regardes; tu leur souris. tu abaisses tes armes, tu abandonnes cette bataille contre la laideur de la réalité. depuis des années, tu critiques, tu juges, tu réprouves, tu refuses, tu te révoltes contre cette réalité que tu trouves inesthétique et mal faite. tu es fatiguée par la négation. mais tu ne pourrais jamais accepter pour autant.

    tu souris encore. cela fait longtemps que cela ne t'est arrivé. tu t'interroges; tu te fais peur. tu crains de vieillir, de glisser peu à peu dans le joyeux marasme de l'humanité. tu cherches un briquet dans ton manteau; tu allumes une cigarette, et exhales un long long nuage de fine fumée bleutée.

    tu te sens spoliée; es-tu vaincue ou t'es-tu vaincue? tu n'es plus comme avant. tu n'as plus la force du refus. dorénavant, tu vivras pour toi, sans te soucier le moins du monde de cette réalité que tu n'aimes pas. tu vivras enfin réellement
    en dehors de la réalité.

    au-dessus du radiateur, une fine couche d'air trop chaud fait danser ses volutes. tu passes ta main dans cet air mystérieux, miroitant. le contact te déçoit.

    tu es lasse. la certitude en profite, et se fraye peu à peu un chemin dans ta pensée; tu finis par te rassurer. un peu de lumière traverse la fumée de la cigarette; bien que tu n'aimes pas la lumière, tu saisis le rayon, pour en faire un noeud autour de tes négations catégoriques. tout t'envahit; tu es assaillie par les sensations humaines. et la joie noire te baigne.


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  • bestiaire fou, château suspendu;
    chimères suspendues dans l'air miroitant
    elles tournent lentement, fatiguées;
    se balancent et s'éventent
    dans la moiteur immobile.

    animaux blancs, château aveugle;
    tous mordent leur langue
    s'émoussent sur les barreaux invisibles
    de leurs esprits aux yeux fixes
    et l'écume rompt leurs lèvres.

    cruel burlesque, château débridé;
    ils regardent, de leurs peurs éternelles
    ceux qui les observent, sans les voir;
    ils ne peuvent plus penser
    et se balancent, épuisés, dans la prison transparente des regards.


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  • rien.
    le matin, le soleil, qui brûle tout; puis bientôt le gris, les brumes qui descendent et apaisent, ouate aérienne.
    peut-être sortir ce soir.


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  • quand j'étais enfant, je rêvais d'attraper des bêtes. attraper, sentir bouger, se tordre de peur et de douleur dans sa propre main. la tenir fermée. rire, rire de son pouvoir, sans pour autant oser ouvrir sa main. un insecte, un poisson, une écrevisse de rivière, une grenouille. tous ces animaux qu'un enfant peut croire asservir.
    je rêvais d'avoir une épuisette. ces morceaux de filet de plastique au bout d'un manche me semblaient être le plus beau des sceptres. enfin dominer tous les animaux assez petits pour remplir mon poing.

    maintenant, je rêve d'avoir une épuisette pour rattraper mes rêves, libellules de papier plié, qui volent à travers mon cerveau, épuisé.


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